[ITW] Humour, gastronomie et musique médiévale. Les Compagnons du Gras Jambon

À l’occasion du Cernunnos Pagan Festival, nous avons rencontré de joyeux ménestrels. Avec pour seule motivation de faire rêver les gens bons, Perkim et Frère Vik nous en disent plus sur cette bande de potes, spécialiste dans l’art de vivre, les biens nommés Compagnons du Gras Jambon. Musique, gastronomie et humour composent le menu de cette agréable entrevue…

les compagnons du gras jambon

N.S : Alors pour commencer, est ce que vous pouvez présenter votre troupe ?

Frère Vik : Ca marche !  Donc, nous, c’est les Compagnons du Gras Jambon, une troupe d’animation médiévale avant tout. Le contexte du Cernunnos est un peu particulier pour nous, c’est la première fois qu’on participe à un festival. À la base, on fait des fêtes médiévales, un peu partout en France et en Europe, depuis quasiment 5ans, et avec la particularité d’une interprétation de la musique médiévale qui nous ait vraiment propre, très pêchue avec des rythmes assez rentre-dedans et avec des airs qui te restent dans la tête très festifs.

N.S :  C’est donc la première fois dans un fest metal…

Frère Vik : Oui, pour un festival où on a vraiment d’un côté l’aspect médiéval et d’un autre le metal. C’est la troisième fois qu’on va monter sur scène en étant amplifiés. C’est tout nouveau pour nous…

N.S : Vous faites beaucoup de choses acoustiques…

Frère Vik : Oui, on fait de la rue, on a nos techniques d’amplifications. Ça ne  pardonne pas vraiment la rue. Ça fait depuis octobre qu’on est monté pour la première fois su scène, sur un festival en Allemagne. Ça nous a bien plu et on avait qu’une envie, c’était de concrétiser ce qu’on avait commencé à faire sur scène. En descendant d’Allemagne, on est passé en Belgique et on a fait un concert avec nos potes de La Horde. Là, l’occasion de jouer au Cernunnos, c’est un autre confort…

Perkim : Tu n’as pas à brailler. Pour la voix, tu peux d’avantage te poser, tu entends mieux les autres parce qu’on prévoit le son de manière à ce que le public le reçoive de manière égale. Mais pour nous, ce n’est pas du tout le même confort. Les instruments mélodiques sont devant, ça bazarde pour le public. C’est parce qu’on connait les morceaux sur le bout des doigts qu’on arrive à s’en sortir. Là c’est vrai qu’avec tous les retours, c’est vraiment du confort.

Frère Vik : C’est une approche totalement différente. Le public de la rue est là parce que c’est un contexte médiéval. Ce sont des curieux. Ils viennent mais ne sont pas forcer de rester. Ils ne payent pas forcément une entrée. Il n’y a pas cet enjeu un peu économique. Il faut que tu les captives ! Sinon, ils partent et tu te retrouves avec deux personnes devant toi.

N.S : Et justement, par rapport à cette programmation qui est typée metal. Comment vous pensez que le public va réagir ?

Frère Vik : C’est un peu une inconnue, c’est vrai. On a assez confiance. Stille Volk est ici ; ils sont venus plusieurs fois et ça s’est bien passé. Après, on va dire que le public les connaissent beaucoup mieux. Ça fait plus de temps qu’ils tournent. Ça va être une occasion de découvrir un public…

N.S : Est ce que vous-mêmes écoutez du metal ?

Frère Vik : Oui, toute la troupe écoute très régulièrement du metal, mais peut être un peu moins maintenant. Alex, notre cistre dans le groupe, est l’ancien guitariste du groupe Fornication qui tournait il y a quelques années en France. Lui est issu de la musique jazz avec pas mal de black à côté. Frank, notre cornemuse, un vieux de la vieille, est vraiment hard rock, glam mais faut pas le mettre, ( rire, bah si, on le met). On a tous une culture metal et une culture rock derrière. On va dire, même, une culture musicale multi styles. Camille [ndlr, Perkim] et moi, on est issus de la musique classique à la base. Moi, un peu de la musique trad’ après. Beaucoup de choses se mélangent mais on essaie de mixer tout ça pour faire une musique qui nous plait avant tout.

Perkim : Si on se met tous à headbanguer en repet’, ça veut dire que la musique est bonne !

N.S : C’est relativement facile et commun de jouer de la guitare, du violon ou du piano. Comment en vient-on à jouer des instruments médiévaux et traditionnels ?

Perkim : Pour les percus, c’est le son. Avec Vik, on était ami à la base quand le projet naissait…

Frère Vik : On l’est plus maintenant ?! (rires)

Perkim : Nan c’est pas ça, on est tous des amis. Quand Vik est venu me dire qu’il avait ça comme projet et qu’il cherchait des percus, je lui ai dit que j’en faisais, que je cherchais un projet et que j’avais envie de me défouler. Le projet d’avoir un son tribal me plaisait énormément. C’est vraiment ça qui m’attirait : de la peau, de la percussion et avoir ce son là !

Frère Vik : Oui, toi tu avais une expérience plutôt d’orchestre symphonique…

Perkim : Ouais, je m’éclatais sur les différents sons, les différents instruments. Et puis avec cette expérience, tu découvres de nouveaux instruments de percussions. Tu te rends compte qu’il y a des percussionnistes, ce n’est pas pour rien s’ils  sont exclusivement spécialisés dans un seul instrument de percussions. Un seul instrument qui parait vraiment con, même si c’est juste une peau tendue sur un cerclage, il y a dix milles sons qui peuvent en sortir. C’est vraiment complexe et il y a tellement de choses à explorer…

Frère Vik : Pour en revenir aux instruments mélodiques, c’est une très bonne question. Il y a des gens qui commencent directement avec des instrus trad’. Personnellement, j’en connais très peu. Pour ma part, je suis violoniste à la base. J’ai fait un peu plus de dix-huit ans de classique, avec toutes les années de solfège qui vont bien mais qu’on ne regrette pas vraiment au final. On en a marre quand on les fait mais quand elles sont faites, tu es plutôt content. Alexis, le cistre, est à la base guitariste plutôt jazz et metal mais a tourné dans les orchestres de baloche, ceux qui animent les fêtes de villages en faisant tous les tubes super connus du moment. Frank a commencé à la cornemuse mais c’est un instrument très particulier qui demande un apprentissage et de l’acharnement. C’est très compliqué. Pour ma part, arriver à la nyckelharpa a été un peu du hasard. Au début des Compagnons du Gras jambon, je faisais de la vielle à roue, un instrument assez proche du violon. En autodidacte, ça a été assez compliqué. Heureusement que les thèmes médiévaux, au début, sont assez simples. Petit à petit, j’ai découvert le nyckelharpa par une amie qui m’en a mis un dans les mains et qui m’a dit : « maintenant t’en joues ! ». Ça a été une nouvelle approche qui  m’a plu dès le début. J’ai bénéficié de tout ce que j’avais fait au violon avant et j’ai pu retranscrire sur cet instrument qui, historiquement m’intéressait, et musicalement, avait un son qui m’a clairement fait arrêter le violon. C’est une sorte de relation que tu noues avec ton instrument. C’est un son qui te rend heureux…

Les compagnons du gras Jambon

N.S : Pour en revenir au groupe, on peut voir votre rapport à la nourriture. Vous êtes des « gens-bon vivant » , qu’est que cela vous apporte ?

Frère Vik : À la base, on est parti du principe de ne pas se prendre la tête. On ne se prenait pas au sérieux. On était un groupe de potes qui aimait la musique médiévale. On va laisser le mystère autour du nom, c’est ça qui crée le mythe… (rires).

N.S : C’est ce que j’allais vous demander, combien faut-il de bières pour trouver un nom pareil ?

(rires)

Perkim : Justement tu as mis le doigt  dessus…

Frère Vik : Pas mal. On avait en commun un délire sur la musique médiévale. Sans trop de prétention, on voulait se moquer un peu de tous les groupes avec des noms en latin un peu pompeux.

Perkim : C’est une grosse blague qui nous a collé à la peau parce que c’est allé très vite. Il fallait un nom, ya cette connerie qui est sortie et, au fur et à mesure de faire des petites fêtes, il y a eu du bouche à oreille. Après c’était mort, on pouvait plus changer de nom. En même temps, c’est super efficace, on voit que les gens retiennent. Qui va oser s’appeler comme ça ? Je pense qu’on est un peu les seuls.

Frère Vik : Quand tu entends ça, Les gens savent ce que tu vas faire. Ça ne va pas être de la musique d’église, c’est clair.

N.S : Comment vous créez vous ces personnages ? Vous faites des jeux de rôles ou d’autres choses ?

Frère Vik : On fait des jeux très drôles (rires). Honnêtement, là dessus, c’est un peu arrivé dans le tripe. On est parti sur des noms assez délirant et on s’est dit : Pourquoi on ne monterait pas tous ces personnages ? C’est vraiment intéressant d’avoir ton personnage, c’est du théâtre. Ce n’est pas la personne IRL (nldr, in real life, joueur de WoW ?) que tu as sur les fêtes médiévales. Même pour moi, c’est intéressant de faire la différenciation. Par exemple, si tu apprends, juste avant de monter sur scène, que ton chien est mort.  T’oublies ! Quand tu es sur scène, c’est ton rôle, ton personnage…On fait la part des choses avec ça et ça fait rire les gens.

Moi : Essayez vous de vous rapprocher le plus possible de la musique médiévale ?

Frère Vik : Nan, on prend beaucoup de libertés. Sur notre répertoire, on tient à ce que les morceaux soient plutôt historiques, des quatre coins de l’Europe voire un peu plus loin. On est sur des morceaux qui existent déjà mais qui ne sont que très peu jouer en France. Quand tu joues sur une fête médiévale, tu finis ton set et tu t’aperçois que le groupe d’après joue exactement la même chose. On a vu, très vite, que le répertoire de base ne marchait pas et on s‘est très vite fait le nôtre. On a des langues scandinaves de l’époque, de l’anglais ancien, du latin, pas mal de langue d’Oc. Par contre, l’interprétation n’a rien à voir avec la musique médiévale. Il y a une grosse influence rock et on la sent bien dans nos morceaux. C’est très important pour nous de rester rattachés à ce qu’on aime comme style de musique. On ne va pas faire de musique médiévale dans une église, de la musique savante ou des choses comme ça. Il y a des gens qui ont des formations pour ça et qui le font très bien. Personnellement, ça me plait juste à écouter mais c’est tout. À jouer, ça me plait pas plus que ça. C’est trop carré. Notre seule limite à nous, c’est l’imagination qu’on a. C’est ça qui intéresse les gens aussi, ils entendent une musique médiévale qu’ils n’entendent pas ailleurs.

 

N.S : Adaptez-vous votre interprétation en fonction des endroits où vous jouer ?

Nan, chaque année, on bosse un certains nombre de morceaux en répet. Les nouveaux morceaux deviennent des tests avec les publics sur les premières fêtes médiévales. En fonction de leurs réactions, on sait si on retient le morceau ou non. Au final, c’est le public qui décide. On garde les bons morceaux et on essaie de nouvelles choses pour que ça deviennent plus intéressant. C’est le public qui nous dit si c’est efficace ou pas.

N.S : Des questions plus culinaires maintenant, vous avez vu le menu du pagan fest. Vous êtes plutôt fèves au lard ou cyve de bœuf ?

(rires)

Perkim : Moi, je n’ai pas encore vu le menu…

Frère : Moi, jsuis plus cyve de bœuf, jsuis passé tout à l’heure à côté des cuisines…

Perkim : tu peux répéter le menu ?

N.S : Fèves au lard ou cyve de bœuf ? Voire assiette végétarienne…

Perkim : On ne peut pas prendre les deux ?

Frère Vik : Oui bah l’assiette végétarienne, on va oublier ! (rires).

Perkim : Ouais franchement ils font des bons trucs !

N.S : Et la bière, elle est meilleure dans une corne à boire ou dans une pinte ?

Perkim : Ca dépend de la bière !

Frère Vik : Moi, j’aurais envie de dire, c’est plus de l’hydromel.

Perkim : Toi, t’es plus hydromel que bière ?

Frère Vik : Ah ouai, moi jsuis plus hydromel !

Perkim : Moi, jsuis brune. Bière brune.

Frère Vik : Elle préfère les brunes, pas que dans la bière… (rires)

Perkim : Donc, pour moi, les ambrées dans la corne, et les brunes dans une bonne choppe !

N.S : Est-ce que vous avez des groupes à conseiller ?

Frère Vik : On a pas mal de potes : Les Gueules de Loups, les Penn Kahz, les Vagarem… La liste est très longue. En fait le milieu médiéval, c’est pas mal de potes. Même si les styles de musique sont différents, le soir autour du bœuf, tout le monde est là !

N.S : En ce qui concerne votre actu musicale, qu’en est-elle ?

Frère Vik : Ça fait trois ans qu’on essaie d’enregistrer un cd et on avait un résultat qui ne nous plaisait pas. Le problème étant que, nous sommes un groupe de rue. On joue en rue et après on fait le cd. Contrairement aux groupes de scènes qui font d’abord le cd et ensuite la tournée. Notre souci était donc de ressortir la même énergie dégagée sur scène. On a essayé toutes les manières d’enregistrer et donc, pendant deux ans, ça n’a pas vraiment marché. On est enfin arrivé à un résultat qui nous satisfait et on a enregistré en octobre dans un studio à Toulouse. On est en train de faire le mix. Ça devait sortir pour le pagan fest mais on est assez pointilleux. Du coup, ça prend du retard. On espère une sortie vers le début de la saison médiévale, c’est-à-dire avril/mai. Ce sera donc notre premier album qui s’appelle Les Compagnons du Gras Jambons. Il y aura neuf morceaux et un morceau live enregistré à la foire médiévale de Pontoise. On espère que ça va plaire aux personnes qui nous ont déjà écoutées en rue et qu’ils vont retrouver cette pêche.

N.S : Très bien, merci. Un dernier mot pour la fin ?

Frère Vik : Les Compagnons du Gras Jambon, lard de divertir les gens bons ! (rires)

Propos recueillis par St-Cyr et Simon.

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