Réalité

077619

La première fois que le nom de Quentin Dupieux a dû résonner aux oreilles d’Alain Chabat, ce devait sûrement être une journée de novembre 1998 lorsque ce dernier recevait en tant qu’animateur le DJ Laurent Garnier sur le plateau de La Grosse Emission.

Lorsque l’humoriste présente son invité, il ne boude pas son plaisir de rester quelques minutes sur le clip de Flashback, qui dit l’avoir beaucoup impressionné. A la question de l’ex-Nul de savoir qui l’avait réalisé, le DJ répond : « un jeune de 23-24 ans, c’est le fils de mon garagiste en fait… il est venu me voir et j’ai vraiment craqué sur son travail… » « Son nom ? » demande Chabat, « Quentin Dupieux ! » répond Garnier. La suite, on la connait : Quentin Dupieux aka Mr.Oizo perce d’abord dans la musique électronique grâce en partie au même Laurent Garnier mais avoue ne se servir à la base de la musique électronique que pour habiller ses films. Depuis 2001, il réalise cinq long-métrages tout aussi décalés et absurdes les uns que les autres, dont le très remarqué Rubber en 2010. Dupieux revient cette année en salle avec Réalité, un film où le scénario aura mis 4 ans d’écriture, chose assez rare pour l’artiste qui prétendait il y a encore peu de temps, qu’ « il n’y a rien de plus beau dans l’art que de ne pas réfléchir ».

C’est donc dix-sept ans après La Grosse Emission et sans grand étonnement au vu du parcours des deux hommes dans leur recherche de l’absurde, qu’Alain Chabat se voit proposer le rôle principal de la nouvelle réalisation Dupieux. Il joue le rôle de Jason Tantra, cadreur de TV à la seule ambition de devenir réalisateur d’un film d’horreur et à qui il est donné 48 heures pour trouver le cri parfait afin de convaincre définitivement le producteur Bob Marshall (Jonathan Lambert) de choisir son projet…

Les premières impressions que nous donnent Réalité sont bonnes et rassurantes pour le spectateur. On rentre tout de suite dans un récit certes assez mystérieux et amusant par son absurdité mais qui capte facilement notre attention. Cela grâce à un rythme efficace et une bande son hypnotique et répétitive. Dans une esthétique influencée d’un cinéma américain plus proche de l’indépendant que son cinéma mainstream moderne (que l’on retrouvait déjà dans Wrong et Wrong Cops), le film montre au spectateur plusieurs personnages dans différentes intrigues isolées sans leur donner dans un premier temps de liens avant que tout ces éléments commencent progressivement à se corréler entre eux dans une logique propre au méta-film: celle d’être un film qui parle du film. Réalité n’est pas intéressant pour son scénario qui doit tenir sur deux lignes de script et qui doit puiser son inspiration dans le propre vécu de son auteur, mais plutôt par la façon dont il est exploité dans un jeu d’emboîtement permanent. Le film met en abyme l’outil audiovisuel et ne place progressivement plus aucune barrière logique entre ce qui est de l’ordre de la fiction dans la fiction, c’est à dire les films que produit Bob Marshall et de l’ordre du « réel » dans la fiction, la vie de Jason dans le film. La seule justification à ce manque de repère peut s’expliquer par un « je suis en train de perdre les pédales !» de Jason prononcé dans un moment critique. Dupieux se sert de cette folie comme d’un terrain de jeu propice au comique de l’absurde. Sans comprendre à un moment donné ce qui se veut de l’ordre du vrai et du faux, on se prend facilement au jeu du délire de Jason, on rit et même parfois beaucoup en appréciant l’idée que le réalisateur se joue de nous comme il se joue des nerfs de son personnage (une idée que l’on retrouvait déjà plus directement dans Rubber où le metteur en scène se permettait d’intoxiquer avec de la viande les spectateurs qu’il mettait en scène afin de se débarrasser de son film). Dans cette idée, il faut concevoir en tant que spectateur d’être pris en défaut par le film, c’est à dire d’accepter de ne pas forcément tout comprendre et de se laisser porter par son comique absurde et son intelligente construction. Réalité n’est pas le genre de film où on est pris par la main du début à la fin, il nécessite plutôt au spectateur de faire l’effort d’y rentrer, ou non… Ce n’est donc pas étonnant que certains adoreront alors que les autres détesteront. Pour nous, ça a plutôt bien marché et on a adoré.

A vous de vous faire votre avis !

Par François.

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